CR de la SaintéLyon 2011

Publié le par Franca

CR de la SaintéLyon 2011

68 km … la distance me traque, me nargue toute la (les) semaine(s) précédent la SaintéLyon. Je n’ai pas suivi de prépa spéciale, juste les trails de ma saison, les sorties au Parc et, pour dernière sortie longue, le 31 km de jogg’iles à Miribel le 20 novembre, que j’ai eu bien du mal à boucler en 3h14 ! oups ! La Sainté c’est une course nocturne dont le départ est donné à minuit de St Etienne, pour rallier Lyon par les chemins des monts du Lyonnais. Cette course mythique, qui existe depuis 1951, a été créée par les cyclotouristes lyonnais pour meubler la trève hivernale ! A l’origine, un raid sur 2 jours avec sac à dos, chaussures de montagne et une nuit dans une auberge de Ste Catherine. Et il était interdit de courir, sinon c’était la disqualification ! La course est apparue dans les années 70 avec la mode du jogging et des collants ! Le Parc Expo de St é, reconverti en village expo, vestiaire, dortoir … vibre des préparatifs des quelques 11000 inscrits, addicts, accrocs de cette nuit du prem’s week-end de décembre. L’ambiance est énoooorme ! Je suis bien sur la planète Sainté … Je visite le village expo tout fourni en matériel technique, moderne et fluo pour coureurs exigeants. J’achète mon gobelet réutilisable pour les ravitos. J’enfile mon dossard. En passant devant le stand Spode je craque pour 2 gels parfum framboise, au cas où … au cas quoi ???

Il pleut. Je me dirige vers le départ. L’eau ruisselle. Je suis déjà dans ma course. La « tactique de course » se résume à un seul mot « GERER ». Je visualise mentalement tous les conseils de Maïlys … partir cool, marcher dans les côtes, manger, boire toutes les 15mn. « Franca t’es une killeuse des chemins ! » mots de Cécilette, gravés dans mon road book de nuit, et qui ne me quitteront pas … s’accrocher à la moindre prise mentale … Cette année il y aura 1400 abandons sur 5500 inscrits au 68 solo ! Je retrouve Fabienne dans le parc de départ. Cool de se retrouver ! Elle enchaine la Mascareigne et la Sainté. Belle motivation ! on se souhaite bonne course. Les premières côtes, les premiers chemins, de boue et de nuit. Les lucioles (Petzl) s’éclairent et transforment les chemins du col de la Gachet en guirlandes mouvantes. Plusieurs fois je me retourne pour me shooter de cette image, carte postale de la Sainté.

J’ai investi dans une frontale moderne, une Petzl Myo XP … lire la suite … Le vendeur de la boutique me conseille la RXP, la version programmable … ahhhhhh ??? Avec un mode clignotant personnalisable ! rhooooooo ! un mode discothèque ? La portée utile me semble être d’environ 10 m ! les 72m de la notice (mesurés avec une chaîne d’arpenteur ?) sont une plaisanterie et le 2 du 72 une vision clownesque de Petzl ! Et le mini bouton d’allumage est un défi à lui tout seul, inutilisable avec des gants ! Les anciennes Petzl étaient équipées d’un big interrupteur inratable, à l’efficacité diabolique.

Le ravito de St Christo en Jarez (km 16) est derrière, celui de Ste Catherine (km 28) approche. Les chemins sont boueux et je reste hyper concentrée sur mes appuis dans les descentes, les proprio-récepteurs en mode boosté. J’aime ces moments de sport et de nuit, qui font le corps tout chargé d’andorphines et les pensées vagabondes. La pluie s’arrête et les étoiles apparaissent. Les coureurs en équipe se perdent, s’interpellent, se retrouvent. La nuit est faite d’ombres et de cris. Un coureur, enveloppé dans une couverture de survie, est assis sur le bord du chemin. Son rêve de finisher est fini. Finisher ! je veux juste finir et recevoir mon maillot de finisher … j’en rêve … suis une quiche ! Il y a deux places possibles, tu finis ou tu finis pas . Le rêve peut finir avec une chûte, une cheville qui tourne, un mental sur off. Faut juste avoir une bonne étoile cette nuit là. Ravito de Ste Catherine, je ne m’attarde pas, juste le temps de rafler une demi banane, un mini cake, un verre de coca et je repars bien vite pour profiter de ma forme encore là. Il reste 40km. Le point culminant du parcours (865m) est atteint. Il y a 1370m de dénivelée au total. Le point culminant de ma forme s’établit vers la mi-parcours. Il va me falloir gérer les 35 km restants. C’est à l’arrache et avec soulagement que j’arrive au ravito de Soucieu (km 45) Des cars attendent ceux qui arrêtent … le thé brûlant me réconforte … sourires sur les visages marqués. Des coureurs sont allongés, d’autres reçoivent des massages. Chacun gère sa peine. Un instant tentée de m’allonger là … Naaaaan ! une killeuse çà ne se vautre pas dans la tente ! Je repars … moment de doute en sortant de la tente pour replonger dans la nuit noire. Je frissonne. Puis je reprends la course … la mécanique est relancée. Il reste 23 km. La nuit s’éclaircit. Le jour découvre la campagne et le visage des compagnons de peine. Chaponost et ses aqueducs, la côte (la dernière) interminable de Ste Foy les Lyon et c’est la plongée sur la cité des Lumières, plus belle que jamais. Un gel framboise me fait le même effet que les bonbons Haribo de Fabienne dans le final de la Mascareignes, et je vais courir non stop jusqu’à la fin ! Je m’acquitte de l’épreuve des escaliers pour rejoindre Perrache, puis ce sont les interminables quais de Saône jusqu’ à la Confluence. Un dernier pont, le parc de Gerland et l’arrivée sur un nuage dans le Palais des Sports ! C’est fini. J’ai mon maillot de Finisher, il est trop beau… 10h36mn d’un film inoubliable. Je mets ma frontale sur off … L’émotion m’envahit, mes yeux s’embuent … naaaaaaan ! une killeuse çà ne craque pas !

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